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Tuesday, 14 August 2012

La toute étrave



Nue sous la ronce
le désordre des nids
soulevés par l'orage
l'ombre pâle des talus




Il  y  a
l'ancre au port levée
la toute étrave
entre tonnerre et pluie










Mon pas
mon souffle
la vie traversée
d'un coup d'aile




Heure après heure
le temps
choit
au fond de sa clepsydre




J'entends battre son coeur
nuée mauve
râles
adieux
et souvenirs mêlés 




Au petit matin
l'air se gonfle
des oiseaux du voyage 



Poème © Ariane Kveld Jaks


Saturday, 30 June 2012

Fissure




Fissure
dans le souci
de soi



Tremblé
du chant
de la chair



Est-ce vraiment
La
rencontre?








 

Passant 
perenne
sous le ciel lisboète




Pas un seul
de tes atomes
porté à son incandescence 




Qui ne soit
en proie
au démon
de l'éparpillement



Tanel



Je suis
dans la contrainte
uniment



Traversée 
pourtant
d'effusions



En vérité
rien
ne vient
de moi










Des visages
se pressent
aux extrémités
de mes larmes




Temps pendulaire
tirant magie
de la glaise
et du
pressenti




Le ciel faisait
comme un tamis
sur la lenteur
de tes adieux


Fayçal



Fayçal le poète
dans ton royaume
de sable



Ton or
sont les larmes
que pleure
le désert



Sur la croupe
des dunes
tes mains
pleines d'ardeur




Dessinent
des fontaines
pour les lèvres
des hommes









A l'heure
où les ténèbres
engloutissent
la lumière



Tu allumes
des feux
crépitants d'orangés



Près de toi
le fennec
la chamelle
et la femme



Récitent 
des Sourates
dans le coeur
des palmiers



 Les Mages
de l'Orient
t'ont comblé 
de richesses




Dans le bleu
de la nuit
tu parsèmes le monde
d'oasis de vers



L'homme qui jamais ne lit




L'homme qui jamais ne lit
traverse les visages
de femme
en femme
tourne les pages



Ne s'arrête
que le temps 
d'une virgule
et puis
point



A quoi ça sert de lire?








L'homme qui jamais ne lit
se voue au pilori
de paragraphes
en phrases



Emonde
 les marges
ne retient 
que le titre
quelque fois 
le sous-titre




Et puis
s'en va
l'âme buissonnière
les mots
de guingois
la syntaxe légère 


Thursday, 7 June 2012

Je voudrais




Je voudrais être sous mes paupières



l'aboi des chiens 
dans le lointain
la crête parfumée
des vagues
les jardins suspendus
de Cornouaille


Le vent qui se joue
de la dune
ouvre et referme
ses cuisses d'ocre mat


C'est le soir
le coeur à nu
sous un ruban de palmiers
s'invente un destin


Quelqu'un s'est endormi
dans la mousseline
des sables


 





Quelqu'un
dont la voix
vous rappelle
un lieu oublié


C'est toujours pareil
l'errance
au fond 
des yeux


Je regarde
les oiseaux de la vie
qui s'égayent
dans le sens de l'ardeur
 
 

Thursday, 29 March 2012

Donner



Donner à voir
ce jardin alangui
l'embrasure d'une bouche
son alcool léger



Ton visage
est une eau dormante
vocable pris dans l'incendie
du souffle








À  l'aube tu briseras
l'os léger 
de la mémoire
et ses doigts de sourcier



C'est un monde étrange
qui voyage
au fond de nos yeux
fleur poivrée offerte à l'orage



Et ces îles 
prises dans les filets du vent
je les troque
contre un peu de folie



Transie je les laisse inventer mon destin!

Monday, 12 March 2012

Géographies


De lentes géographies
 irriguent la nuit
qui me gouverne



Elles sont à l'écoute
de la source
l'impassible houle du temps



Contre la vitre
l'âme a des regards perdus
et une haleine sucrée d'enfant



L'exil m'habille
sans refuge
dans l'angle mort du monde








Qui donne vie
aux chimères
de l'autre côté des persiennes?



Je me lie à la cime
au vent
aux sables bleus de Samarcande



Une énigme passe
sur mon visage
le secoue par rêves interposés



Rapt d'images
grands remuements
au fond des estuaires



Ici
est une fleur obscure
oubli dans la mansuétude des tempêtes



Qui donc se vouera à l'éternité?

 

Friday, 9 March 2012

Le Pont des Songes



Reflets des pavés mouillés
sous l'averse
 vie lovée
au fond de l'encre


Soir d'orage
la mémoire fait 
ses premiers pas 
sur le Pont des Songes


Saisir peut-être
l'arôme 
de tous ces silences
jetés sur nos épaules


Ainsi
allons-nous
pensées
au bord de l'eau










Fables flottantes
au-dessus
des grands fonds
feux d'orties


Instants suspendus
d'un Bleu de Prusse
inaltérable
insaisissable


Il s'agit toujours
de cela
l'image écartelée
au fond de l'oeil 


Ces points dispersés
qui forment
des continents
où se perdre


Le rêve creuse des ornières dans tout le paysage

 

Thursday, 23 February 2012

Soif


La nuit est vaste
et la chair du monde
une éponge
dans la fraîcheur du soir


Tout passe
la plaine soulevée de poussière
les larmes
en de mouvants estuaires


Le vent seul 
préserve le voyage
les cités enfouies
sous la rune du songe







Une vie
sous la lune 
à l'ombre légère
de tout ce qui ne fut pas


Ce lieu nocturne
immense
parfume l'aisselle des maisons
où je m'endors parfois


Boire la terre humide
la pétrir 
en jardins inutiles
qu'effaceront les pluies


Que dire de cette soif
qui fait claquer les voiles
et reculer le ciel
Epaule qu'il me faut bien quitter!


Est-ce ainsi que tout commence?


Tuesday, 22 November 2011

Exil

Me voici partie
vers le Cap des Mangues
dans la moiteur des soutes



Déjà l'horizon
fait claquer ses voiles
rameute ses alizés



Le soir en mer
son aisselle parfumée
t'absout dans l'air immense








Ta soif se perd
dans les jardins à thé
l'ambre rouge de l'exil




Ni d'ici
ni de là-bas
les vents soulèvent ta poitrine



Un chant
gonfle le hunier
y porte la rumeur du monde



Vigile
je recueille à tes lèvres
l'orchidée de la nuit


Monday, 21 November 2011

Mousson

Grand cocon de jade
bois flottant
dans les vapeurs d'encens


De minuscules conques
se détachent de tes flancs
comme un atoll de larmes   


Les nuages bas
dans le ciel pourpre
 ont un goût d'iode et de thé anglais



Face au vide au plein
le chant des rizières
balayées par les vents de la mousson



Ils soufflent
sur les terrasses sombres
vidées de ses fumeurs d'opium








La nuit s'est écoulée d'un trait
sa clepsydre
diamant noir dans l'infini du temps



Voyageur au visage cerné de lierre 
et de lune
extase fugace
dans un coin de ma mémoire



Un souvenir surgit
sans crier gare
son parfum se retourne dans tes draps



Saveur d'orage
Qui donc t'attend à Darjeeling?


Friday, 7 October 2011

Chaman



 Nuit qui jaillis de la chute d'un rein
ses os de chaman
craquellent 
dans l'antre de mes rêves


Je les hisse un à un
vers la lumière
là où les braises
forment des constellations








Comme si nous n'étions
qu'un vol d'étourneaux creusant
dans le velours du ciel
une horloge adossée à l'oubli


Plus rien alors
que le spasme des mousses
la mandication de l'esprit
dans les buissons d'orties


Ce n'est pas le jour
ce n'est pas la nuit
seulement le vent qui se lève
dans les coins sombres de ton coeur


Un volet claque au loin
au plus fort du manque
sa détonation 
se perd dans les tourbières 


Partir alors
à la recherche d'un visage!


Tuesday, 4 October 2011

Lumière des caps



Cette île qui naît
du clair-obscur
de songes, de sève
et de varechs éparpillés
 

En quête de forêts
de dunes
où l'ombre des bateaux
traverse la lande d'un coup d'aile


Je la connais
et son vent qui taille à vif
dans la toison des genêts
tisse et retisse ses hantises








L'odeur goutte à goutte
du café noir brûlé 
bu près du port
dans le tumulte des mouettes


Soir d'orage
le coeur de l'île est une épave
chargée d'embruns et de résine
dans le chant bleu des équinoxes


Le bout de l'île est une légende
avec ses stèles de sable
qui s'enfoncent dans la mer
sa flottille de récifs


J'allais déjà par ses sentes
battues de vents iodés
sans autre raison que l'horizon
et la lumière crue des caps


Puis s'éloigner un peu plus au large vers tout ce qui aurait pu être



Tuesday, 19 July 2011

Pluie et lisières

Pluie et lisières
brûlantes comme feux d'orties
l'image cernée
comme un accord perdu



Balises flottantes
s'apercevant se perdant
dans les allées tiédies
par le vent d'automne



Lumière entre deux pluies
son clapotis creuse des estuaires
monte à l'assaut de l'oubli



Une flaque à nos pieds
peut-être une figure
un abri plus vaste que cette ornière dorée?









Personne pour dire notre histoire
pointe noire et lavis
déjà s'accomplit la distance
sans même troubler le paysage



La dernière heure
avant la fin de la pluie
dispersée dans le murmure du vent
la soie rouge des érables



Ai-je retrouvé les visages d'autrefois?
ainsi parvenue dans la demeure du souffle 
nulle espérance ne brûle ma chair 
à peine l'entaille d'un temps secret 



Ne rien garder que la brûlure
et la fraîcheur de l'ombre
bientôt le ciel s'éclaire
mais saurons-nous retrouver nos fragments?


Thursday, 14 July 2011

L'atelier

On est dans l'atelier
on a passé d'un coup
le gué du ciel



D'une seule foulée
venue après
la violence de l'orage



Tir à bout portant
sur une cargaison d'outremers
brisés sur l'écueil de l'ombre








La couleur n'est rien
sans le tumulte de tes doigts
dans l'ondée d'une lumière pressentie



Qu'ils arrivent ces rêves démontés
nés dans la sueur des graminés
et le tourbillon des pétrels



Inutile de regarder plus loin
déjà tes îles en pointillés 
et le vent qui remue la fenêtre de ton regard



Au dehors tout fuyait
dans la déflagration 
du soir

Matin


Matin est interrogé
dans une éternité de songes
des pans d"obscurité surpris
s'ébrouent dans le lointain



On a peur qu'un jour
cessent de bruisser
les ailes des verdiers
les feuilles de l'arbre








Le seuil de toutes choses
du poème
de l'aube
la boue des lourds chemins



La grammaire qui exile 
le Yin 
et puis le Yang
qui font l'amour ensemble



La sagesse qui file
sur des visages usés
tout cela entrevu
parcouru



dans l'anse bleue de l'instant

Wednesday, 13 July 2011

Liber

Ne pas craindre d'écrire 
la symphonie des songes
le précaire du souffle
qui étaie notre course



Nudité de nos yeux
sans le mensonge de nos paupières
avec les doigts qui tremblent
sur les accords de l'ombre







N'avoir foi qu'en ses mains
quand elles célèbrent la pierre
avec des veines d'ambre
à force de veiller



N'être pas même gisant
couché parmi les fleurs
à peine ce froissement d'ailes
sur le liber du monde



Tenter d'être simplement
jusqu'à l'épuisement
la matière des contes
le vin du souvenir


Wednesday, 20 April 2011

"Instant"


Falaise rose craie
chagrin de sel pur
toupets de genêts
crâne de pierre dure



Mer comme une amante
houle généreuse
déshabillé d'écailles
vulve de coquillage



Jour curieux qui se lève
et plisse ses étoffes
celle orange de Râ
celle émeraude des sirènes







Bonheur d'aquarelle
sur un grain de nuages
quadrature du cercle
sous le ventre des galets



Roulement d'océan
sur le tympan des rives
ballet de mouettes avides
dans leur tutus de plumes



Et puis mailles d'instants
aux entrelacs sublimes

Tuesday, 19 April 2011

"Mes nuits"


Ce sont mes nuits désastre
où des pans d'âme sombrent
mes nuits de longs convois
derrière les mots blessés



Ce sont mes nuits errance
à cent lieues de vos rives
quand l'absence se love
dans les dunes du sommeil






On se relève du songe
comme du lit de l'amour
le visage défait
les lèvres qui frémissent



On est alors cette eau
pâle de s'être cherchée
on est ce frêle bonheur
dans l'allégresse simple